Malgré la fatigue des combats, les nuits courtes, traversées de cauchemars, le bruit des obus quelque part à l'autre bout du monde mais si près de son coeur, elle a fini par s'endormir.

rougeetnoir

Elle montait son beau cheval noir, à la place de son épée c'était un sabre qu'elle tenait, elle galopait vers quelque chose de lointain et de proche à la fois, quelque chose qui certainement existe se dit-elle au réveil, car la détermination de son regard lui rappelle combien elle savait où elle allait.

Et puis chose très rare, dans son monde peuplé uniquement d'hommes, cette nuit elle a rêvé de deux femmes. Et pas n'importe lesquelles, deux femmes particulières, qui comptent beaucoup pour elle, des femmes d'exceptions, fortes et dures comme elle, des guerrières, elles font partie des très rares qui lui ont donné des repères, quand toutes les femmes ne lui ont jamais donné que des coups, des leurres ou des tromperies monstrueuses...Elles sont de celles qui comme elle, se battent jusqu'au dernier soupir, envers et contre tout, à l'armure d'acier inoxydable pour mieux protéger leur coeur.

Il y avait donc deux femmes, Nadine ma tante, la grande femme d'affaires italienne, toujours à la pointe de l'élégance et du raffinement, la féminité incarnée, tout en conciliant les impératifs d'une mère aimante et dévouée à sa famille à la vie à la mort.

Et puis il y avait Babette, ma monitrice. Avec sa voix si puissante, sa silhouette trapue, son visage buriné par les séances en extérieur, mais dont les traits si fins et délicats font ressortir d'autant plus son côté bourru. Une femme qui dirige les chevaux et les cavaliers avec autant de fermeté que de douceur. Une femme parmi les très rares que j'admire.

Je ne me souviens de rien de très précis, sauf que je suis descendue de cheval un instant, qu'elles ont séché mes larmes, qu'elles m'ont dit que c'était bien par-là que je devais aller, et que je triompherai car je savais me battre à la perfection. Que des femmes comme elles me disent ça, je savais plus quoi dire, je suis remontée en selle, je leur ai souri, puis j'ai eu une toute petite pression des jambes et mon cheval s'est envolé.

Très loin tout au fond de mon inconscient, de mes guerres les plus folles, de mes combats les plus terribles, de mes fantasmes les plus brûlants et de mes rêves les plus tendres. Je crois qu'à l'heure qu'il est, il est le seul à savoir où on est allés.